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8 questions pour Ahn Byung-hak


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Chers visiteurs,

Nous sommes le 27 novembre, et mon voyage en Corée du sud prend fin demain. Je continuerai malgré tout de publier des interviews de designers que j’ai rencontrés ici à Séoul jusqu’au mois de mars. Cette interview est la dernière que je publierai avant mon retour en France, c’est donc l’occasion de partager avec vous ma rencontre avec Ahn Byung-hak, ce graphiste coréen au parcours plutôt particulier.. Nous nous sommes rencontrés un vendredi alors qu’il était venu conseiller les étudiants de PaTI lors du cours de Minho Kwon « Critical Forum ». J’espère que la lecture de ces lignes vous plaira autant que cette rencontre m’a captivée!

Bien à vous.

Lucile

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AHN BYUNG-HAK

1 – What’s inspiring you to do your own work?
Qu’est-ce qui vous inspire pour faire votre propre travail?
When I introduce myself I say I’m a designer in typography. I am normally inspired by small things around me in my everyday life, by small chat with my family and friends, by sunrise and sunset, even by a special colored rubber band for example. However, when it comes to practical work, I tend to try to do it from my own culture. This is because I lack education. When I was a design student, I just learned about the history and theory of Eastern graphic design instead of Korean history and theory. One of my biggest interests  these days is that we surely have had our own design æsthetics, so we need to write Korean design history and document things what we have done so far in order to teach future young designers.
Quand je me présente je me décris toujours en tant que designer typographe. En règle générale, je m’inspire des petites choses de la vie quotidienne, de conversations avec ma famille ou mes amis, d’un coucher ou d’un lever de soleil, ou même de la couleur particulière d’un élastique par exemple. Cependant, quand on en arrive au travail concret, j’essaie de m’inspirer de ma propre culture. C’est parce que je n’ai pas fait assez d’études. Quand j’étais encore étudiant en art graphique je n’ai étudié que l’histoire et la théorie des arts graphiques orientaux, pas l’histoire de la Corée. Ce qui m’intéresse le plus en ce moment c’est que je suis sûr que nous avons eu notre propre esthétique du design. Il nous faut donc écrire l’histoire du design coréen et nous documenter sur les choses que nous avons faites jusque maintenant pour les enseigner aux futurs designers.

2 – You are working as a graphic designer since 1996 in korea your own country, and then you went in England Royal college of Art in 2010 to come back to school. Why did you choose to do that in England?
Vous travaillez comme graphiste depuis 1996 en Corée, votre pays, et puis vous êtes allé en Angleterre pour reprendre vos études au Royal College of Art. Pourquoi avez vous choisi de faire ça en Angleterre?
Over the preceding ten years, I had worked so hard every day from early morning to late night. I was just exhausted. After that period of time I kind of lost my way as a graphic designer. I realized that I almost was a business owner of my company, not a designer anymore, whose soul was now lost. I seriously needed to find the next step in my life. ‘Why am I designing?’, ‘For what?’. To find out a clue, I decided to give myself a short break and spend a year with my wife and two children in Boston where I wanted to stay someday. During that time, I made a plan to study again. Because I realized that I had been used to convey clients’ messages, to convey their profit without my own voice in most practices. My main concern was how to choose a school which would give me the opportunity to concentrate on my own subjects instead of learning design theories or having normal design classes. RCA was such a place — I could be isolated by myself, apart from all the irritating business. There was no formal compulsory course work or even academic credits. I could just have enough time to fully focus on what I was interested in, what graphic design really is, why I design for, so on. I could also have a wide variety of experience in ways of design — how I could link many people from different cultural, educational and social backgrounds. At the RCA, people come with their own subject, then share the subject in diverse interdisciplinary programs, and explore something new beyond the subject.
Les dix années qui ont précédé mon départ, je travaillais sur un tel rythme, du matin au soir, que j’étais épuisé. Au bout d’un moment, j’avais perdu le fil du type de graphique design que je voulais faire. Je me suis rendu compte que je n’étais plus que le manager de ma propre entreprise, je n’avais plus rien d’un designer graphique. J’avais perdu mon âme. Il fallait absolument que je redonne un sens à ma vie. Pourquoi est-ce que je faisais du design ? Dans quel but ? J’ai alors décidé qu’une petite pause m’aiderait à y voir plus clair. Je suis parti avec femme et enfants pour Boston où j’avais toujours voulu aller. C’est à ce moment que j’ai décidé de reprendre les études. Je me suis rendu compte qu’en fait je n’étais plus qu’un véhicule pour les idées de mes clients, pour les aider à gagner de l’argent, sans que j’aie mon mot à dire.
Mon plus gros souci a alors été de me choisir une école qui me permette de me concentrer sur mes propres sujets plutôt que de finir dans un endroit où l’on m’enseignerait la théorie ou la technique du design. Le RCA, c’était ça. Je pouvais m’y isoler, me poser loin de toute l’agitation du business. Il n’y avait aucun cours formel obligatoire ni même de crédits universitaires. Je disposais exactement du temps dont j’avais besoin pour me concentrer sur ce qui m’intéressait vraiment, sur ce que le design graphique est réellement, les raisons pour lesquelles je suis un graphiste, etc. Je pouvais aussi expérimenter de façon large et variée, réfléchir à la façon de réunir des gens de cultures, niveaux d’études et origine sociale différentes. Au RCA, les gens arrivent avec leurs propres projets, puis l’explorent dans plusieurs disciplines et aboutissent à quelque chose de nouveau qui va bien au-delà de leur projet initial.

3 – You made your dissertation about Ontology and Epistemology for Graphic design: Difference, Emergence, and Assemblage as Ways of Thinking in Multi-cultural Context. Why you made you work on that subject?
D’après le titre de votre mémoire, « Ontologie et épistémologie de la conception graphique: Différence, Émergence, et Assemblage comme façons de penser dans des contextes multi-culturels », vous vous intéressez à l’impact de contexts multi-culturels sur la conception graphique, pourquoi?
I was looking for the way how I could combine different two things in a platform. I believe creative comes up when we only keep stay our feet on the border between different cultures and disciplines. My dissertation is an exploration of ways of thinking that allows us to keep the attitude ourselves. The argument was that graphic design needs to find a mode of practice that makes it more reciprocal to shifts in philosophy and culture. The first part of the dissertation sets out foundations necessary to show the shifts that philosophy/culture have taken and some (mis)conceptions of graphic design. Then the second section sets out three key methodologies through which graphic design might engage with multiplicity – difference, assemblage and emergence. The final section articulates viable and theorized ways forward.
Je cherchais une façon de combiner deux choses différentes sur un même plan. Je pense que la créativité ne peut s’exprimer que quand on fait attention de bien avoir les deux pieds pile sur la frontière entre différentes cultures et disciplines. Ma thèse explore les modes de pensée qui peuvent nous permettre de rester ouverts. L’argument principal était que le design graphique doit tisser des passerelles vers les autres disciplines comme la philosophie, les études culturelles, etc. Dans la première partie je pose les fondements, je décris les mouvements philosophiques et culturels contemporains, et quelques contresens sur la nature du design graphique. Dans ma seconde partie j’élabore trois méthodes grâce auxquelles le design graphique pourrait composer avec la multiplicité : différence, assemblage, émergence. Et enfin dans la dernière partie je joue sur l’articulation entre pratique et théorie pour avancer.

4 – Do you like to work with designers from other country then Korea?
Aimez vous travailler avec des designers étrangers?
Not just then Korean, I mean I am very eager to work with anyone who has flexible attitude. To me, working with people like that is quite exciting but it’s very hard though. So before collaborate with them, it is very critical to adopt the simple idea of difference. ‘We are all different’. To have better understanding of others, I often bring Eastern and Western philosophical ideas and combine them in an applicable format for my work.
Je ne travaille pas qu’avec des graphistes coréens, au fond je travaille avec n’importe qui tant qu’il ou elle a l’esprit ouvert. A mon avis travailler avec des gens ouverts c’est fantastique, même si parfois c’est difficile. Et avant de me lancer dans une collaboration je teste juste l’idée de différence. ‘Nous sommes tous différents’. Et pour mieux me faire comprendre, je débarque souvent avec des concepts philosophiques qui appartiennent à l’Orient et d’autres à l’Occident et je les combine en un format applicable à mon travail.

5 – Since I’m in Seoul I saw a lot of korean poster composed in english language even if the event announced by the poster happen in Korea. In old time Korea used chines characters, and I guess when it was a japanese colony maybe korean people used japonese alphabet. So I can imagine that korean people used to use others letters then hangul.. as a korean graphic designer, what is your personal way of using hangul?
Depuis que je suis à Séoul je vois beaucoup d’affiches composées en anglais, bien que les évènements annoncés se déroulent en Corée. La Corée a longtemps utilisé des caractères chinois, et je suppose que lorsque le Corée était une colonisa japonaise, les coréens utilisaient l’alphabet japonais. Alors j’imagine que les coréens sont habitués à utiliser d’autres lettres que le hangul… en tant que graphiste coréen, quel rapport entretenez vous avec le hangul?
Everything. Hangul is like the air. However, under the influences of colonial period, Japanese is familiar for old generation in their age over 70’s, but we never use Japanese in our daily life. Yet we still use Chinese characters as subsidiary use to differentiate homonyms, since we had used Chinese character as a written language (not as a verbal language) by the time King Sejong creates Hangul (588 years ago).
In terms of frequent use of Roman alphabet especially English, yes. we use English a lot. Well, I think there are some reasons but it’s quite tricky to explain. To make it short, Many Korean wants to be excessively globalized and tend to think that they are fully globalized as they use foreign Languages as possible. I think it is a negative influence of the Confucian scholar culture which is still exists in our society. It’s not the only reason for that maybe, but quite true. Parents send their 5 year old children to private English class and young people try to get official English score because English is one of the important spec to get a better job and to go famous university. What more, people keep try to get a high score to achieve a better position in their company even though their actually job position doesn’t necessarily need English skill. Crazy, isn’t it?
Je l’utilise pour tout. L’hangul est comme l’air. Cependant, suite aux périodes coloniales, le japonais est familier aux gens de plus de 70 ans. Et pourtant nous n’utilisons jamais le japonais dans la vie courante. Mais nous utilisons toujours le chinois quand nous devons transcrire des homonymes, puisque nous utilisions les caractères chinois (pas la langue) au moment où King Sejong a créé l’Hangul (il y a 588 ans).
En termes de fréquence d’utilisation de l’alphabet, oui c’est vrai nous utilisons beaucoup l’anglais. Bon, j’estime qu’il y a des raisons à cela, mais c’est un petit peu compliqué à expliquer. Pour faire vite, nombre de coréens veulent être de la mondialisation et ils ont tendance à penser que parler le plus possible une langue étrangère va leur permettre de se mondialiser. Je pense que c’est dû à l’influence négative du confucianisme qui existe encore dans notre société. Ça n’est peut-être pas la seule explication, mais je pense que c’est vrai. Les parents inscrivent leurs enfants de 5 ans dans des écoles privées anglaises, les jeunes gens essaient d’obtenir de bonnes notes en anglais aux évaluations officielles pour avoir un bon métier ou pour intégrer une université prestigieuse. En plus, les gens qui ont déjà un travail sont prêts eux aussi à passer les tests de niveau d’anglais pour accéder à un meilleur poste, alors qu’ils n’ont même pas besoin de l’anglais dans leur travail. C’est fou, non ?

6 – What do you think about actual korean graphic designers? Is Seoul is a good place to be a designer?
Que pensez-vous des graphistes coréens actuels? Et la ville de Séoul est-elle un bon endroit pour travailler en tant que designer?
Culture is a lifestyle pattern conventionalized by a common social customs or systems. Language is one of the key common systems which make a culture. So we cannot even imagine a design separated from culture the result is produced. I born in Seoul and grew up in here Seoul and Korea or more broadly East Asia for me is my cultural background. For this reason, Seoul is definitely a great place to me to be a designer and I hope so. However, because of that culture unfortunately huge corporations like Samsung, LG and SK have too excessively power on our economy as well as design products. They meddle in every process of design rather than giving designer chances and unlimited belief to stimulate imagination. That is not just prompt the corporate culture but also general organization culture in even government or public offices. This is the typical cultural difference from Western culture. In terms of social hierarchy, Seoul Korea wouldn’t be a great place to raise your creativity. But situation have slightly changed. Many young designers start to set their own small studios up within small budge and there have been social diversity matured in positive mood during last years. They try to make their own voices in different styles. That’s good news actually.
La culture est un mode de vie uniformisé par des coutumes et des systèmes. La langue est un des systèmes clé de l’armature d’une culture. Et donc il est très difficile d’imaginer un design qui serait séparé de la culture du designer. Je suis né à Séoul, j’ai grandi à Séoul, et ma culture c’est la Corée et plus largement l’Asie du Sud-Est. C’est pour cela que je peux dire que Séoul est LE lieu où je peux m’exprimer en tant que graphiste. Mais malgré tout, à cause de cette culture, des entreprises gigantesques se sont installées ici, Samsung par exemple, ou LG, SK. Ces compagnies ont trop de pouvoir sur notre économie et sur nos produits du design. Ils se mêlent de tout plutôt que d’offrir aux designers le loisir d’exercer leur créativité. Les grandes entreprises ne sont pas les seules responsables. L’organisation gouvernementale, ou publique de la culture joue aussi son rôle. Nous touchons là à une différence fondamentale antre l’Est et l’Ouest. En termes de hiérarchie sociale, Séoul ne serait pas un lieu formidable pour développer la créativité. Mais la situation change. Beaucoup de jeunes montent leur propre studio avec de petits budgets. Ce sont des jeunes d’origines sociales diverses, qui ont créé une atmosphère positive ces dernières années. Ils tentent de se faire entendre dans des styles différents. C’est une bonne nouvelle.

7 – As a teacher, working with students inspire you on your own work?
En temps que professeur de graphisme, travailler avec les étudiants vous inspire pour votre propre travail?
Teaching is another name of learning. I learn a lot in teaching and try to inspire them every time. Also I love students who can inspire me with unexpected questions that I can hardly give them correct answer. As a design teacher, I try to meet them with my knowledge and experience. I never try to convey them what I know rather I always try to keep an eye on what they discover. Then I wait for a while to see the points where their ideas come up and how the ideas are developed as their own methods, looking forward to seeing my students to find what I even don’t know. That is my great pleasure in teaching.
Enseigner est un autre mot pour apprendre. J’apprends beaucoup au travers de l’enseignement et de mes efforts pour continuer à les inspirer. J’aime aussi les questions inattendues de certains étudiants, les questions auxquelles je n’arrive pas toujours à répondre. En tant qu’enseignant de design graphique je viens à la rencontre des étudiants avec mon savoir et mon expérience. Je n’essaie jamais de transmettre ce que je sais, je préfère surveiller ce qu’ils découvrent par eux-mêmes. Et j’attends le moment où leurs idées vont émerger, je veux voir comment ils vont développer une idée en une méthode personnelle. Et j’attends avec impatience qu’ils découvrent quelque chose que je ne connais pas. Voilà mon vrai plaisir à enseigner.

8 – Who is your favorite graphic designer?
Quel est votre graphiste préféré?
Well, I don’t want to use the word ‘favorite’, because it seems have a negative connotation to me, like a word recalling ‘design star’.in business. Rather I could use ‘admire’. I admire Dutch designer Yan Van Toorn, Korean designer Ahn Sang-soo who is my teacher, Adrian Shaughnessy who is my RCA tutor and a Japanese design Sugiura Kohei. I was influenced by those designers not just design aesthetics but also profound thought surrounding design and the world.
Je ne veux pas utiliser le mot « préféré », parce qu’il a, à mon sens, une connotation négative. Un peu comme si on renvoyait à un star système du design. Je préférerais dire « admirer ». J’admire le graphiste hollandais Yan Van Toorn, le coréen Ahn Sang-soo qui est mon professeur, Adrian Staughnessy qui fut mon tuteur au RCA et un designer japonais nommé Sugiura Kohei. Ils m’ont tous influencé, pas seulement par leur travail esthétique mais aussi grâce à leur philosophie face au design et au monde.

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