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8 questions pour April Snow Press


aprilsnow 2013

Chers visiteurs,

Aujourd’hui, jeudi 24 septembre, je vous propose de partir à la rencontre de Kay Jun, co-créatrice de la Maison d’édition April Snow Press. Avec son associé et mari, le graphiste Jeong Jae-wan, ils ont investit un atelier à Daegu en Corée du Sud, dans lequel ils conçoivent des livres à propos du graphisme ou de la photographie. Ils viennent d’éditer leur dernier livre à propos du célèbre graphiste et typographe Français Massin, qu’ils étaient en train de finir lors de cette interview (livre vert dans les images). C’est dans un petit restaurant de Séoul, autour d’un café et d’un hamburger, que nous nous sommes rencontrées. Généreuse, enjouée et passionnée, Kay Jun m’a guidée dans les sentiers de l’édition, pour me faire découvrir de quelle manière elle les pratique. Je vous souhaite une belle promenade, qui je l’espère vous permettra de vous évader vers d’autres paysages, en ce gris jeudi de septembre.

À très bientôt

Lucile

workroom 2015 spring

Cliquez sur « suite » pour lire l’interview !

KAY JUN

Why did you call your publishing house Aprilsnow Press?
Pourquoi avez-vous appelé votre maison d’édition Aprilsnow Press?
It goes back to the year 2012. I went to the veranda of my apartment and what I saw all of sudden was snow falling from the sky. I was totally embarrassed since it was the first of April. I thought, « Aprilsnow could be a good name for our press; kind of poetic and dystopian as well.» I suggested it to my husband and he agreed! We meant it to be the opposite of utopia, but people interpreted it in different ways; for example, some people came up with a revolutionary or political image. Because in the year 1960, there was a huge students movement in Korea, which we call it April revolution; it was a big step towards democracy in Korea. That is why many Koreans have the political image when coming up with April. It was interesting how sometimes people interpret the name of our press.
Cela remonte à 2012, j’étais alors dans la véranda de mon appartement et j’ai soudain vu des flocons de neige tomber du ciel. J’étais très étonnée parce qu’on était le premier avril. J’ai alors pensé « Aprilsnow press, ça pourrait être un bon nom pour notre maison d’édition; un nom qui suggère à la fois la poésie et la dystopie en même temps. » J’ai proposé ce nom à mon mari qui l’a tout de suite approuvé. Nous voulions qu’il sonne comme une dystopie, mais les gens l’ont interprété dans un autre sens; par exemple, certaines personnes ont pensé qu’il y avait une image révolutionnaire ou politique derrière. Car en 1960, il y a eu un grand mouvement étudiant en Corée, que nous appelons La révolution d’avril; ça a été une étape importante vers la démocratie de notre pays. C’est en fait la raison pour laquelle la plupart des coréens pensent d’abord à la politique lorsque l’on évoque le mois d’avril. C’est intéressant de voir comment les gens interprètent parfois le nom de notre maison d’édition.

In your website description, you said you are a design writer. What is a design writer?
Dans la section « à « propos » de votre site, vous dites être un écrivain du design. C’est quoi exactement un écrivain du design?
For example, Adrian Shaughnessy is a UK-based graphic designer but also a design writer. Rick Poynor is also a design critic and design writer as well. By design writer, we mean people writing about design. Before I switched my major from literature to graphic design, I actually wanted to become a book designer. But when I came to the Graduate School of Hongik University, professors wanted me to research and write something on graphic design. Compared to several countries in Europe, you don’t get much training in writing once you decide to enter an art college. Quite a number of art students feel very distanced from writing. That was the situation when I entered the Graduate School and I was asked to research and write. The actual turning point came with designer Ahn Sang-soo’ s suggestion; when I finished my master’s thesis, Ahn Sang-soo, who has by now left the college and become the head of independent design school, suggested me to write a book on world’s art directors. It was a great honor for me and that was how I became to write my first book. It was published by Ahn Graphics in 2009. Now I’m working on my second.
Prenons l’exemple d’Adrian Shaughnessy, qui est un graphiste anglais, mais en parallèle écrit sur le design. Rick Poynor également, écrit sur le design, et entretient une activité critique. Par écrivain du design nous voulons dire que nous écrivons à propos du design. Lorsque que j’ai changé de voie, pour passer de la littérature au design, je voulais être graphiste éditorial. Mais lorsque je suis arrivée à la faculté de Hongik à Séoul, les professeurs voulaient que j’écrive des textes sur le graphisme. Contrairement à beaucoup de pays en Europe, dans les facultés Coréennes il n’y a pas une pratique très poussée de l’écriture. En fait, la plupart des étudiants ne se sentent pas vraiment concernés par l’écriture. C’est donc le contexte dans lequel j’ai intégré l’université, tandis que moi au contraire, j’avais envie de faire des recherches et d’écrire. C’est lorsque le graphiste Ahn Sang Soo m’a suggéré d’écrire un livre traitant des directeurs artistiques à travers le monde, que les choses ont changé. Il venait à l’époque de quitter l’université où il enseignait pour ouvrir son école de design. Cette proposition fût vraiment un honneur pour moi, c’est donc comme ça que j’ai écrit mon premier livre. Il a d’ailleurs été publié par la maison d’édition d’Ahn Sang Soo, Ahn Graphics, en 2009. Je suis actuellement en train d’écrire pour mon deuxième livre.

 

You did the design, too?
Êtes vous aussi à l’origine du design de ce livre?
No, it was my husband, who did it. He was then a book designer and still is. My work is more text based and my husband’s is more design based. My second book tries to be a more critical design text compared to the first one; it will cover ten book designers from Europe, USA and Asia. My husband, Jaewan writes on two book designers. Yes, it’s a huge work (laugh) that I have to finish very soon. I’m currently writing an article on my 6th book design. It will probably edited next year. This is my job, and design writer is so far the best term to describe my work. I sometimes write for magazines as well.
Non, c’est mon mari qui l’a conçu. Il travaillait déjà dans la mise en forme de livres à l’époque, et c’est toujours son travail aujourd’hui. Moi j’écrit les textes, et lui il les mets en forme. Mon second livre est plus tourné vers la critique, par rapport au premier; Il abordera les pratiques de dix graphistes éditoriaux européens, nord américains et asiatiques. Mon mari, Jaewan en a écrit une partie, sur deux graphistes en particuilier. Oui, c’est un gros travail (rires) que je dois finir au plus vite. J’écrit aussi un article à propos du 6e graphiste éditorial que nous abordons dans le livre. Il sera édité l’an prochain. Voilà, c’est ça mon travail, « design writer » est le meilleur terme pour le décrire. Il m’arrive aussi de temps en temps d’écrire pour des magazines.

Which one?
Lesquels?
To name a few, Monthly Design, Graphic and very rare but once for CA Magazine. I used to write for D+ as well, which closed down a few years ago after three issues. It was a Korean graphic design journal, which was very well designed and edited by Korean graphic design
studio Workroom. They also have a press called Workroom press. It’s one of the best studios in Korea.
J’écris pour Monthly Design, Graphic, et de rares fois pour CA Magazine. J’écrivais aussi pour D+, qui n’existe plus depuis quelques années après avoir édité 3 numéros. C’était un magazine coréen sur le graphisme, très bien conçu et édité par l’agence coréenne Workroom qui possède la maison d’édition Workroom press. C’est un des meilleurs studio de graphisme en Corée.

They are based in Seoul?
Est-ce qu’il travaillent à Séoul?
Yes, in Seoul, on the west side of Gyeongbuk Palace.
Oui, dans l’ouest de Séoul, à Gyeonbuk Palace.

How do you work in Aprilsnow press? Do you write all books you make? Or are books you edited were written by other people? You explain on the website that you are questioning the relationship between photography, text and design. How do you choose the subjects of the books you want to edit?
Comment travaillez vous chez Aprilsnow press? Écrivez-vous tout les livres que vous éditez? Ou en éditez-vous certains écrits par d’autres écrivains? Sur votre site vous expliquez que vous questionnez la relation entre la photo, le texte et le design. Comment choisissez vous les artistes que vous voulez éditer?
To the first question: Yes, I try to write for the books I make. Until so far we have made four photo books. Except for the third book, I contributed an essay to each book. I was really happy to do it, and the artists liked it. For the third one, I couldn’t write due to short time. The book had to be published for the opening of an exhibition. We had to hurry up and there wasn’t enough time left to muse over and write about the photos. Whenever I write something for a photobook, I don’t want to seems too much pedantic. Essays in the photobooks may help the public to understand how to see and understand the photography, so I try to write them easy and smooth by way of mentioning about the physical properties of a photobook, about text-image relationships etc. It’s hard to find that kind of insight in Korean photo-related essays. Mostly, they focus on the photography itself. Whereby I want to see it in a broader context of book, materiality, editorial etc. It’s a different feeling from writing for graphic design, and I would like to write more about photography whenever I have the chance to do it. It’s an enjoyment for me.
Oui, j’essaie d’écrire dans tout les livres que nous faisons. Nous avons pour l’instant édité quatre livres de photographies. Mis à part le troisième livre, j’ai rédigé des textes pour chacun de nos ouvrages. J’étais très heureuse de le faire, et les artistes ont apprécié. Pour le troisième, je n’ai pas pu écrire, à cause d’un laps de temps trop court. Car le livre devait absolument sortir pour le jour du vernissage de l’exposition. Nous devions faire vite et il n’y avait pas assez de temps pour réfléchir et écrire à propos de chaque cliché. Lorsque j’écris un texte pour un livre de photos, je n’ai pas envie qu’il soit pédant. Ces essais doivent aider le public à comprendre comment regarder et comprendre les images, alors j’essaie d’écrire simplement, sur les propriétés d’un ouvrage photographique, et de la relation entre un texte et une image. Il est difficile de trouver ce genre de subtilités dans les essais coréens. La plupart du temps ils se concentrent sur la photo elle-même. C’est donc pour cette raison que j’écris ces textes dans un contexte plus large, j’aborde la matérialité du livre, et ses questions éditoriales etc. C’est assez différent que d’écrire pour le graphisme. J’aimerais écrire davantage pour la photo, dès que j’en aurais l’occasion. C’est toujours un plaisir pour moi.

 

How do you make that? Do you ask the artist to make a book with him/her? Or do they ask you to make it?
Comment procédez-vous? Demandez-vous à l’artiste de faire un livre avec lui/elle? Ou vous le demandent-ils eux-même?
It’s case by case. Mostly, we suggest them to publish a book and if they agree, I ask if I can contribute with an essay into the photobook. But in case of the second book, the artist came to us first and asked to write an essay as well. The ongoing fifth photobook will also include another essay by me, which was again asked by the photographer.
C’est au cas par cas en fonction des personnes. La plupart du temps, nous leur proposons et ils acceptent. Je demande alors si je peux écrire sur leur travail pour créer un objet éditorial à base de photographies. Mais dans le cas du deuxième livre que nous avons édité, c’est l’artiste qui est venu nous demander d’écrire un essai. Le 5e livre qui est en cours, contiendra aussi un texte que j’ai écrit, et qui a été commandé par le photographe.

And how do you find them?
Et comment les trouvez vous?
The first artist, I found him on Facebook, I was not a friend of him but he used to be a friend of my husband. They both went to the same university but I didn’t know he was taking photography very seriously. He uploaded some photos on Facebook and I really liked them. So I asked him to work together on our first publication. That’s how we began with the first publication. In case of the second photographer, he came to us first. I have known him for several years; I made a photobook with him several years ago and it worked quite well. He wanted to make a photobook with his photos of Mongolia; what was amazing about the project was, he provided us with the funds for the book production. So we could make something, which we really wanted. It was a very happy project actually; a very lucky one. For the third we had to invest our own money on it; there was no financial help at all. The author of our third photobook is also a very famous poet in Korea but she works as photographer as well since for several years. I really liked her some dreamy but surreal photos but I had the impression that she was not well received in Korean photography field. Later, I found out that Korean photographic circle is quite closed and conservative. She already had two other photobooks published before, but in my opinion, they were not very well designed. That’s why we suggested her a photobook project. At first we wanted a different photography series, but then she came up with a new photo series called “Apple travel” (laugh). We couldn’t reject and sailed on the project. Well, that’s how we interact with the artists. We are also interested in graphic images or photographs made by graphic designers. We could also make a photobook made up of book cover images only that make use of photos. We want to broaden the notion of ‘photobook’.
J’ai trouvé le premier artiste sur Facebook, nous ne nous connaissions pas mais il avait bien connu mon mari. Ils sont en fait allés à la même université et je ne savais pas qu’il faisait de la photo sérieusement. Il a posté quelques extraits de son travail sur Facebook, que j’ai vraiment aimé. Alors je lui ai proposé de travailler ensembles pour notre première publication. C’est donc comme ça que nous avons commencé notre premier livre. Le second photographe quand à lui, est venu vers nous de lui même. Je le connaissais déjà depuis un moment; j’avais fait un livre avec lui quelques années au paravent, qui avait plutôt bien marché. Il voulait en éditer un avec ses photos de la Mongolie. Ce qui était génial dans ce projet, c’est qu’il à mis à notre disposition tous les moyens financiers pour le produire. Nous avons donc pu faire exactement ce que nous voulions. Ça a été un projet très joyeux en fait (rires); nous nous estimions vraiment chanceux. Pour le 3e livre en revanche, nous avons dû investir de notre argent pour le produire, nous n’avions vraiment aucune aide financière. L’auteure de ce projet est aussi une artiste relativement connue en Corée, c’est une poète, qui fait également de la photographie depuis plusieurs années. J’aime beaucoup certaines de ses photos rêveuses et surréalistes à la fois, mais j’avais l’impression que son travail n’était pas bien reçu en Corée. Je me suis rendu compte que le cercle du milieu de la photographie coréenne était très fermé et conservateur. Elle avait déjà fait deux autres livres de photo, mais de mon point de vue mal réalisés, avec un design pauvre. C’est pour cette raison que nous lui avons proposé nos compétences. Tout d’abord nous voulions une série de photo différentes, mais c’est elle qui au final nous a proposé une série de photos appelée « Apple travel »(rire). Nous ne pouvions pas refuser sa proposition, et c’est donc comme ça que nous avons commencé à travailler ensembles. Il faut préciser que nous sommes autant intéressés par les images graphiques ou photographiques faites par des graphistes. Nous pourrions d’ailleurs tout aussi bien faire un livre à propos des couvertures de livres faites à partir de photos. Nous avons envie d’élargir la notion de « livre de photos ».

 

How do you work with the artists? And how do you introduce your own research about photography, text and design in that book?
Comment travaillez vous avec l’artiste? Et comment introduisez vous ensuite vos propres recherches sur la photographie, texte et le design dans le livre?
It’s actually up to the artist. The way the artist reacts influences our work. For the first and the second photobook, we had almost total freedom with editing and sequencing. In case of the second photobook, the photographer said, « just do as you want. » He gave us his whole portfolio and explained us about the background and concept of his photography work. Based on his explanations, I tried to make a very serious understanding of his work. And then, I started with the concept of the photobook. I try to come up with a concept, which would deliver the artist’s message. But that should be hidden beneath the structure: for that book, I mixed the photos taken in the States and in Mongolia. Although the topic was Mongolia’s urbanization, I wanted to have both pictures to come together since Mongolians and north American Indians used to share similar philosophy and way of life. And just as North American natives suffered from White Men’s invasion and capitalism, so are Mongolians at the moment. Based on that concept I set up a structure separating but also mixing black & white photos and color photos; I suggested it to the photographer and he liked it. We had lots of meetings and decided together on the order of the pictures. Mostly, the structural narrative is suggested by the publisher first, and then discussed with the artist. That’s also how it was done with the first book. The main difference was that with the first photobook, the photographer took pictures for hobby. He didn’t really have a specific topic in his mind. He said that he just shot photos while traveling. I suggested him that I could read a specific message in his photos, so we discussed together about and he agreed. For the third book, we had a few problems because she suggested the photographic narrative first based on her initial idea of the series. It was not the way we usually worked. But once a photograph comes into the book, it becomes a whole new image in the new context. We had some hard time exchanging our thoughts. But we also learned a lot from that experience. (laugh). Overall, the relationship of text, image and design is always in the center of the question. Photography has lived always with text. And design is the medium that bridges photography and text just as we can witness in many photojournalism. I want to raise up that issue through publishing. We still need time. Publishing is another way of research for us.
Cela dépend entièrement de l’artiste. Le façon dont il réagit influence notre travail. Pour les premiers et deuxièmes livres, nous avions une entière liberté dans l’édition et le séquençage de ses travaux. Pour le second, le photographe nous a dit, « faites ce que vous voulez ». Puis il nous a donné son portfolio et a expliqué le concept de ses photos, les contextes dans lesquels il les avait faites. À partir de ses explications, j’ai concentré tout mes efforts pour comprendre l’essence de son travail. Et j’ai ensuite cherché un concept éditorial. Je voulais penser un livre dont l’agencement mettrait en exergue les idées que l’auteur délivre à travers son travail. Ça doit être caché dans la structure: j’ai donc mixé des photos prises aux Etats Unis, et d’autres de Mongolie. Bien que le sujet soit l’urbanisation de la Mongolie, je voulais que ces deux séries cohabitent, car les mongoles et les indiens nord américains partagent la même philosophie de vie. Les Mongoliens, comme les indiens d’Amérique, ont souffert de l’invasion des hommes blancs et du capitalisme. J’ai donc construit une grille éditoriale sur ce concept, qui sépare les photos en couleur et les noir et blanc, tout en les juxtaposant à certains moments; le photographe a beaucoup aimé l’idée. On a eu énormément de réunions, durant lesquelles nous avons décidé ensembles de l’ordre d’apparition des photos. Car, la plupart du temps, la structure narrative est d’abord proposée par l’éditeur, puis seulement ensuite discutée avec l’artiste. C’est d’ailleurs comme cela que nous avons procédé avec notre première publication. La plus grande différence avec ce deuxième travail, c’est que pour le premier livre, l’artiste que nous avions choisi n’était pas un photographe professionnel. Il n’avait pas réellement de sujet précis dans ses travaux. Il disait simplement prendre des photographies lors de ses voyages. Je lui ai dit que je parvenais à lire un sujet dans son travail, nous en avons alors discuté et il a donc accepté ma proposition. Pour le troisième livre, ça a été plus difficile car l’artiste nous a d’abord suggéré une logique narrative à partir de l’idée de série. Nous n’avions pas l’habitude de travailler comme ça. Car une fois mis en page dans un livre, le travail d’un photographe se transforme suivant ce nouveau contexte. Nous avons eu quelques moments difficiles, à échanger nos divergences d’opinion. Mais nous avons beaucoup appris de cette expérience (rires). La relation entre le texte, l’image et le design est au centre de notre travail. La photo a toujours vécut avec le texte, et le design est ce qui réunit la photo et le texte. Comme en photo-journalisme par exemple. Je désire relever le niveau du design éditorial coréen notamment celui des livres de photos, grâce à un travail graphique et conceptuel précis. Mais pour cela nous avons besoin de temps, car la publication est l’objet d’une vraie recherche pour nous.

How do you divide the work between you and him?
Do you have each a specific role?

Comment vous répartissez vous le travail? Avez-vous chacun un rôle spécifique?
Yes. I am usually for the concept or the structural narrative, and then, Jaewan is responsible for technical problems such as layout, typography and finishing. In fact, he is more into microtypography. But our roles overlap or devide as well. We work in a quite flexible way. Editing and designing are not separate in a photobook. They are together in one spiral.
Oui, je m’occupe du concept et de la structure narrative du livre, et Jaewan est responsable des questions techniques, la disposition des éléments, la typographie et le finalisation de l’objet. En fait, il se concentre beaucoup sur la micro-typographie. Mais nos rôles se chevauchent de temps en temps, c’est pourquoi nous travaillons d’une manière relativement flexible. L’édition et le design ne peuvent pas être scindés dans un livre de photos, c’est toujours indissociable.

 

What do you think about actual Korean graphic designers? Do you think Korea is a good place to be a graphic designer?
Que pensez-vous des graphistes coréens? Pensez-vous que la Corée est bon endroit pour être graphiste?
Well… this afternoon I just met someone who just came back to Korea after studying in Switzerland for two years. He told me that Germany is really getting interested in Korean graphic design. Because lots of Koreans go abroad to study and then come back to Seoul, they think that we have lots of different styles. In Seoul, especially. So, for many Europeans, the scene in Korea appears to be quite interesting. Probably an energetic place, you know… styles all mingle together. But as I have been teaching graphic design history and theory, what I’m more interested is the history of Korean graphic design. What we study so far is history of western graphic design, especially US and western Europe. But after the 80’s and 90’s, a very interesting scene rises up in Korea; a kind of big flow. We had Korean war in 1950 and before that, there was the Japanese imperialism. So, there was no time and space of Korean tradition to be revised or criticized in a way. It was just eliminated. People say today Korea has risen out of chaos, out of nothing. So when the war broke out in 1950, there was nothing. It was just like zero point. And from that point on, we had to reconstruct this nation. It’s very unlike France, Germany or Great Britain, who have strong graphic design history accumulated time by time. But now, there are many people coming from abroad and having a lot of influence on young designers. People focus on graphic style, which is a surface. But what might become of Korean graphic design or its history? Does history of Korean graphic design exist at all? Maybe it does exist; but people just don’t want to look back or try not to think it does exist. I’m interested in the difference and border of two things. For example, the difference between Korean and Swiss Graphic design. This difference would make the whole graphic design discourse more productive. I think Korean graphic design history should be written. It’s not only about “style”. I’m more interested in how a certain style emerges, about its manipulation and mechanism. There are not many reviews actually. Well, let’s say, in the field of typography, there might be some. But in a broader spectrum of Korean visual culture, I would say no. In one way, Korea is very energetic, dynamic and very fast at catching something. Koreans are very good at importing styles. And the younger generation is way better in graphic design in terms of concept and technology. But what lacks is making the bridge between present and the past. If that not exist, future doesn’t exist either. Well, it may exist, but it would be just a superficial one, just as we have come through.
Et bien… cet après-midi j’ai rencontré quelqu’un qui vient juste de revenir en Corée après avoir étudié en Suisse pendant deux ans. Il m’a dit que les allemands ont un véritable intérêt pour le graphisme de Corée. En effet, beaucoup de jeunes ici vont étudier à l’étranger pour revenir ensuite à Séoul, ils apportent donc une vraie diversité dans les styles graphiques. Cela se ressent à Séoul en particulier. Donc pour une majorité d’européens, la scène graphique coréenne est remarquable et intrigante. Sûrement parce qu’ils sentent une énergie singulière, avec tous ces styles qui se confrontent. Il faut noter que je suis aussi enseignante en graphisme, et ce qui est très intéressant, c’est d’analyser l’histoire du graphisme coréen. Ce que nous étudions c’est l’histoire du graphisme occidental, enfin surtout les États Unis et l’Europe de l’ouest à vraie dire. Pourtant, à partir des années 80 et 90, une scène graphique assez conséquente, et très intéressante a émergé en Corée. Nous avons subis la guerre jusqu’en 1950, puis a suivi l’impérialisme japonais. A cette époque on peut dire il n’y avait pas de place ni de temps pour que la tradition coréenne soit analysée et critiquée, on l’a beaucoup occultée. Certaines personnes prétendent que la Corée serait partie de rien, du chaos. Quand la guerre s’est finie en 1950, il n’y avait plus grand chose. Nous étions au point zéro, et nous avons dû reconstruire notre nation. C’est très différent de la France, de l’Allemagne ou de l’Angleterre, qui ont une histoire graphique très cohérente et construite à travers le temps. Il y a une grande quantité d’artistes qui viennent de l’étranger qui ont une forte influence sur nos jeunes designers. Il faut dire que beaucoup de monde se focalise sur le style graphique, qui n’est que la surface, mais que devient véritablement le graphisme coréen, son histoire? Est-ce que l’histoire du graphisme Coréen existe? Elle existe sans doute, mais personne ici n’a envie de regarder en arrière ou essayer de penser qu’il existe. Je réfléchis souvent aux différences et aux frontières entre deux choses. Par exemple, en comparant le graphisme coréen et le graphisme suisse. Ces divergences devraient rendre le discours graphique plus productif. Je pense que l’histoire du graphisme coréen devrait être transposée par écrit. Ce n’est pas qu’une question de caractéristiques esthétiques, je trouve bien plus intéressant de se demander comment certains « styles » émergent, quels sont leurs mécanismes et comment ils sont utilisés. Toutes ces choses n’ont encore jamais fait l’objet d’études sérieuses. Enfin, disons que c’est un peu plus le cas dans le domaine de la typographie. Mais dans le spectre plus large de la culture visuelle coréenne, je dirais que non. De mon point de vue, la Corée est très énergique, dynamique et très rapide à saisir les choses. Les coréens sont tous en général très doués pour s’approprier des codes venus d’ailleurs. La jeune génération est en train de devenir meilleure en termes de concept et de technologie. Mais ce qui manque au final, c’est un pont entre le présent et le passé. Si ce pont n’existe pas, le futur disparaît. Enfin, il existe, mais il reste malheureusement très superficiel.

I heard a lot about that in others interviews. I think all Korean designers I interviewed said that.
J’ai beaucoup entendu parler de ça dans d’autres interviews. Je crois même que tout les designers et graphistes que j’ai interviewé m’ont dit ça.
It’s kind of strange and also ironic, people feel the problem but there is no movement actually. For several years there has been a kind of interest growing up to focus on history, and to interpret the scene in modern way. And I guess it’s going to be more visible from next year on. History has been a total absence for Koreans graphic design. For art history or humanity, people have been writing on, it’s different. Graphic design is always linked to the consumerism and mass culture. But as I said, the atmosphere seems to be changing; the young generation also feels the problem. In Korea, Graphic design started from the seventies.. So, it’s relatively a very young field in Korea! If we look at Korean graphic design with the same eyes we look at European culture, there would be no space for Korean graphic design. But if we broad the scope of reference, there are lot of things to talk about actually.
C’est un peu bizarre, et ironique à la fois, parce que les gens sentent ce problème mais il n’y a pas de réelle initiative pour le résoudre. Depuis plusieurs années l’intérêt pour l’histoire s’est décuplé, ce qui a par conséquent entraîné une interprétation de la scène graphique de manière plus moderne. Et je pense que l’on constatera ce phénomène encore davantage dans les prochaines années. Jusque là, l’histoire a été totalement dissociée du graphisme coréen. C’est le contraire pour l’histoire de l’art ou de l’humanité, car une quantité considérable de texte ont été écrits sur ces thèmes. Le graphisme est très fréquemment associé au consumérisme et à la culture de masse. Mais comme je le disais l’atmosphère a l’air de changer, les jeunes générations sentent qu’il y a un soucis. En Corée, le graphisme n’est réellement né que dans le années 70… c’est une toute nouvelle discipline dans notre pays! Si nous regardions le graphisme coréen avec le même regard que celui que nous portons sur le graphisme européen, nous ne prendrions vraiment pas beaucoup de place. Mais si on élargie un peu son regard, il y a une foule de choses qui méritent débat en fait.

Would you like to make a book about that?
Aimeriez vous faire un livre à propos de l’histoire du graphisme en Corée?
I’m working on my second book right now, so I didn’t have so much time to make a contemporary graphic design review about design.. but I really would like to make it. There is one article that I wrote last year, about Hangul typography titled «The New Voice in Typography: Hangul Typography Posters since 2010”. I made it because I realized that there was some kind of interesting movement of young generation using only hangul typography in there posters. I was welcoming this trend, so I made a review about this culture. In near future, I do not only focus on Hangul typography but also on general trend of Korean visual culture with a focus on graphics. For example, a young Korean typographer Kim Kijo, shares some stylistic features that can be also observed in the seventies Korean letterings. I would like to write a critical review about it; how the similar stylistic features have come about, what they share together and what is different. It’s very interesting since the seventies Korea was under dictatorship. Also, in terms of Hangul typography, there should be more experiments to be done. I hate posters wich are created in Korea and that are set only in Roman alphabets. I asked once to some Korean designers, why did they use to design posters in that way in Korea, and the answer was usually because they want their message to be universal, to be able to communicate as broad as possible. But it’s a very bad excuse (laugh). If you look at Swiss posters, they are multi-lingual (italian, french, german and sometimes rhéto-roman). Roman alphabets is not the only way of designing “universal” posters aiming at global audience. We need more ‘graphic’ tension, and multilingual typography would be a good alternative. I’m standing for ‘graphic’ tension. And after all, why should we have to be friendly to the global audience if we do not aim to be global corporates?
Je travaille actuellement sur mon second livre, donc je n’ai pas assez de temps pour réaliser un livre sur le graphisme contemporain. J’ai écrit un article l’année dernière sur la typographie Hangul (l’alphabet coréen) que j’ai appelé « La nouvelle voix en typographie: les posters en Hangul depuis 2010 ».Je l’ai fait car j’avais réalisé qu’il existe un mouvement très intéressant dans la nouvelle génération de graphistes : ils utilisent exclusivement le Hangul pour créer leurs affiches. J’étais très heureuse de voire émerger cette tendance, j’ai donc rédigé un texte sur ce constat culturel. Dans l’avenir je pense aussi me consacrer à l’étude des différents mouvements visuels coréens, en particulier sur le graphisme bien entendu. Par exemple, Kim Kijo un jeune typographe coréen, utilise dans ses typographies certains aspects stylistiques que l’on retrouve dans les lettrages coréens des années 70. J’aimerai écrire une critique sur sa production; comment ces similitudes sont-elles nées puis les distinctions entre son travail actuel et les objets de cette époque. C’est très intéressant car dans les années 70 la Corée subissait une dictature. Il devrait y avoir plus d’expérimentations avec le Hangul. J’ai horreur des affiches coréennes, qui sont réalisées uniquement en alphabet romain. Une fois j’ai demandé à un designer coréen quelles étaient la raison pour les composer ainsi, il m’a répondu qu’en général c’est parce qu’ils veulent rendre leur message universel, afin d’être capable de communiquer le plus largement possible. Mais c’est une très mauvaise excuse (rires). Lorsque vous regardez les affiches suisses, ils parlent plusieurs langues (italien, français, allemand et parfois les langues rhéto-romanes). L’usage de l’alphabet romain n’est pas le seul moyen de créer des affiches universelles. Nous avons besoin de plus d’impact visuel, et la typographie multi linguale pourrait dans ce cas être une bonne alternative. Et puis après tout, pourquoi devrions nous être accessible à une audience large si le publique n’est pas international?

Who is your favorite designer?
Qui est votre designer préféré?
Cheong Byeong-kyoo. He is a mentor of me and my husband. He’s
one of the first generation book designers in Korea. He went to Paris
for one year and studied at École Estienne. It seems that he must
have been inspired by Pierre Faucheux, the French book designer.
Cheong Byeong-kyoo. Il est le mentor de mon mari. Il est un des premiers à avoir fait du design éditorial en Corée. Il est venu à Paris pour étudier pendant un an à l’école Estienne. Il semble qu’il ait été très inspiré par Pierre Faucheux, le célèbre graphiste français.

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