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8 questions pour Marco Rosso et sa fabrique de Vernes


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Chers visiteurs,

Pour cette troisième rubrique, c’est le coréen Marco Rosso qui a répondu à mes huit questions. Perché dans son atelier, en haut d’un immeuble de Paju Book City, il m’a chaleureusement accueillie avec un bon café. Je me trouve toujours en Corée du Sud, à Séoul où je tâche de savourer le dernier mois de mon voyage coréen…

Bien à vous.

Lucile

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MARCO ROSSO

You used to be a 3D computer graphic desginer, you also did video games, why did you turn to leather craft and design ?
Vous étiez web designer, vous faisiez aussi des jeux vidéo, pourquoi vous êtes vous tourné vers le cuir?
Graphic design and computer graphic design and all kinds of digital devices are very fragile and do not last. You can’t touch them or smell them. I changed jobs after 16-18 years because of that ever-changing character. I started with animation; it was the most powerful energetic moment in my life. But things got harder. I always had to follow updated software, had to find investors, and they demand things meaningless to me. it was an endless job, I’m still a freelancer. People keep contacting me about projects. But now all my creativity and energy has gone to the leatherwork. This leatherwork is still not very popular in Korea. Korean people like luxury things – such as Gucci or Prada. They won’t buy a nameless bag or leather item. They like to show off. That is the problem with small leatherworkers. But I can control my work from the start up to the end. Nobody is going to tell me what to do. I started on my own and my conversion was very hard. I’m a very stubborn man. Now I’m forty, Maybe I grow more stubborn as the years go by. That is how I started: I also used to be a photographer. I had a training as a photographer. Then I sold all my digital cameras and I kept that old camera (a 50-year-old camera), which is so heavy and hard and has no ergonomic shape. And the camera case was worn out. You cannot buy those any more, so I had to make my own camera case. I had seen people do it, so I thought I could do just like them. It was my first leather work. You can actually notice that when you illustrate, whatever the job, as soon as you use the tools, you can evaluate your potential. When I made my first camera case, I instantly noticed that it was a thing I was quite good at. After my workday, I used to get home at 8pm, and I would start on my leather work. I studied a lot at that time, often until 3am. Then I would wake up at 7am and go to work in a game company where I was an art director. After 15 or 16 months of such everyday routine, I decided it was going to be my job. I don’t know where I’m going, but I’m on my way. For the time being, I do leatherwork, but nobody knows what is going to happen. Lots of people love what I do, but there are always money problems to make things bigger. The most important thing is imagination. If you have skills, the most important thing is the way you give life to your imagination.
Le design graphique et le design numérique et toutes les technologies numériques sont très fragiles et ne durent pas. J’ai changé de travail au bout de 16 ou 18 ans parce que le métier avait changé. J’ai commencé avec l’animation; ça a été un des moments les plus dynamiques de ma vie. Mais les choses sont devenues de plus en plus difficiles. Je devais toujours inventer, c’était un travail sans fin, une invention sans fin. Je suis toujours en freelance. Des gens me contactent toujours pour que je participe à des projets. Mais je ne suis plus créatif, ma créativité en temps que web designer s’en est allée. Le travail du cuir n’est pas encore populaire en Corée. Les coréens aiment les objets de luxe. Ils n’achèteront pas un sac ou n’importe quel autre accessoire en cuir sans marque. Ils aiment frimer, briller. C’est ça le problème avec le travail du cuir. Mais je suis maître de mon travail du début à la fin. Personne ne peut me dire ce que je dois faire. J’ai débuté tout seul et ma conversion a été un peu difficile. Je suis très têtu. Maintenant j’ai quarante ans, et plus je vieillis, plus je suis déterminé. Voilà comment j’ai commencé: j’étais aussi photographe. Et puis j’ai vendu tous mes appareil photos numériques pour acheter un boitier vieux de 50 ans, qui est très lourd et n’est pas ergonomique. L’étui pour le ranger était usé, et comme il n’en existait plus pour ce modèle d’appareil photo, j’ai dû faire mon propre étui. J’avais vu des gens le faire, alors j’ai pensé que je n’avais qu’à faire pareil; ça a été ma première réalisation en cuir. Vous avez surement remarqué que lorsque vous faite de l’illustration, peu importe le travail, dès que vous commencez à utiliser des outils, vous pouvez évaluer votre potentiel. Lorsque j’ai fait mon premier étui d’appareil photo, j’ai tout ce suite su que c’était un domaine dans lequel j’étais bon. Après ma journée de travail, je rentrais vers 20h, je commençais à travailler le cuir. J’ai énormément étudié à cette période, souvent jusqu’à 3h00 du matin. Puis je me levais à 7h pour aller travailler dans une entreprise de jeux-vidéo dans laquelle j’étais directeur artistique. Après 15 ou 16 mois de cette routine, j’ai décidé que le cuir serait mon principal emploi. Et je ne sais pas où ça me mènera, mais je suis en route. Pour le moment je travaille le cuir mais personne ne sait ce qui peut se passer. Beaucoup de gens aiment ce que je fais, mais j’ai des problèmes financiers pour faire grandir mon projet. Le plus important c’est l’imagination. Si vous avez certaines compétences, le plus important c’est la façon dont vous leur donnerez vie grâce à votre imagination.

So after 3D pictures, you now have a leather craft company named « Fabrique de Verne » why this name?
Donc après avoir avoir été concepteur d’images en 3D, vous êtes maintenant artisant, et à la tête votre propre entreprise « Fabrique de Verne ». Pourquoi ce nom?
It comes from my admiration for the French writer Jules Verne who wrote at the end of the 19th century. He had a fantastic imagination, everything looked possible to him, and the Earth was a perfect stage for his fantasies. I wanted to keep that energy, that craziness, alive. I am sure that philosophy is the most important component when you want to invent, to design. However, to my mind, philosophy is based on literature, you compose your own from the conclusion you draw after you have read meaningful books. I am my own Jules Verne.
Ça vient de mon admiration pour l’écrivain français de la fin du 19e, Jules vernes. Il avait une imagination fantastique, tout lui paraissait possible, et la terre était un lieu idéal pour ses fantasmes. Je voulais prendre cette énergie, cette folie. Je suis persuadé que cette philosophie est l’ingrédient le plus important lorsque vous voulez inventer, designer. Quoi qu’il en soit, de mon point de vue, la philosophie est basée sur la littérature: vous élaborez la vôtre à partir des conclusions que vous vous êtes composées après la lecture d’un livre profond. Ma propre philosophie est basée sur les écrits de Jules Verne.

On your website character description you say that you inspired your work with the late 1800’s to early 1900’s, the golden age of the industrial days. BUT to choose what items you are bona design do you found inspiration from that period too? From objects from that period?
Dans votre site internet vous dites que vous vous inspirés des années 1800 à 1900 pour réaliser vos travaux, l’âge d’or de l’industrie. Vous vous inspirez aussi de cette période pour choisir les types d’objets vous allez réaliser? Vous inspirez-vous d’objets créés à cette période?
Yes. These bags, for instance, are very rare in Korea. They arouse curiosity over here. This was inspired by items created in the 1920s they were called lawyer bags, this bag has no inside structure, no inside pockets. It is just a display item. If I want to sell it, I have to design pockets, compartments, inside. If you saw the movie Sherlock, you saw Moriarty, he carries such a bag. I had to find the way to make these bags, because we don’t have them in Korea. Then I had a look at Japanese books, to discover technics to make them. There is a problematic to bags: you change the size by a small centimeter and it is not the same object anymore.
Oui, par exemple, ces sacs que j’ai créés sont très rares en Corée. Ils éveillent la curiosité ici. Je les ai créés à partir de modèles datant de 1920, appelés serviettes d’avocat, ils n’ont pas de structure interne et pas de poches intérieures. Celui-ci c’est seulement un modèle de présentation. Si je veux le vendre, il faut que je pense des poches intérieures et des compartiments. Si vous avez vu le film Sherlock, vous avez vu que Morriarty avait un sac comme celui-ci. Il a fallu que je trouve la technique pour faire ces sacs, parce que nous n’en avons pas des comme ceux-ci, en Corée. J’ai dû aller chercher des livres japonais, pour accéder à des techniques spécifiques pour ceux-ci. C’est le problème avec les sacs: si vous changez la taille d’un petit centimètre ça change le résultat, ce n’est plus le même objet.

Are you sometimes inspired by actual designers ?
Vous inspirez-vous aussi de designers actuels?
They are not leather workers. They are designers, I admire Hayao Miyazaki. But he doesn’t inspire my leather work. I like all kinds of Science Fiction films, I made games inspired form them. I admire the old Ridley Scott for his first films — Blade runner, Alien.
Je ne prends pas mon inspiration chez les designers du cuir. J’admire Hayao Miyazake, mais il ne m’inspire pas dans mon travail du cuir. J’aime tout les types de films de science fiction, j’ai fait des jeux inspirés par ces films. J’admire le vieux Ridley Scott pour ses premiers films — Blade Runner ou Alien.

How do you chose the items you are going to make?
Selon quel critères choisissez vous les articles que vous allez réaliser?
Basically, when you have a brand you have some lines. I cannot really say that I have a definite line. I constantly invent. My brand is only three years old. If people like an item I made, I pay attention. But I’m still in the process of defining my own line or identity. I still have too many things to make. I have bags and cases but that is not enough. It is not a hobby any more. I must work. Now in addition to creating, I must sell my things too. I hope I will find a good partner thanks to whom I will be able to share my workload. However, I’m still happier than when I was a CG designer.
Généralement, lorsque vous avec une marque vous avez une ligne. Je ne peux pas vraiment dire que j’ai une telle ligne directrice. J’invente constamment. Ma marque n’a que trois ans. Si des gens aiment un article que j’ai fait, j’y prête attention. Mais je suis toujours dans le processus de définition de ma propre ligne, ou identité. J’ai toujours trop de choses à faire. J’ai des sacs, des pochettes, mais ça n’est pas suffisant. Ca n’est plus un hobby maintenant. Je dois travailler. Maintenant en plus de créer, je dois vendre aussi. J’espère trouver un partenaire avec lequel je pourrai partager mon travail. Quoi qu’il en soit, je suis plus heureux que lorsque j’étais un web designer.

Why did you choose to use only vegetable-tanned leather?
Pourquoi choisissez-vous uniquement du cuir à traitement végétal?
I don’t. I use both vegetable-tanned and chrome-tanned leather. But Most of my works are made of vege-tan leather. Because of its character and feeling. Most Chrome-tanned leathers are too thick and not soft enough. The treatment hides the original character of leather and its tone. I don’t like that. There are so many kinds of vegetable-tanned leathers. And it optimizes handmade leather craft. Big factory systems cannot make good products from vegi-tan leather. So that is my shop’s powerful point.
J’utilise les 2. Les cuirs traités au chrome sont raides et épais. Donc je choisis plutôt des cuirs à traitement végétal, qui correspondent mieux à mon travail. Selon moi, le traitement au chrome masque les vraies caractéristiques du cuir. Et la création à dimension industrielle ne sait pas tirer tout le bénéfice du cuir à traitement végétal. c’est un des points forts de ma propre entreprise.

Is Korea a good place for designers?
La Corée est-elle un bon endroit pour être designer?
It used to be a good place for designers, about 10 or 15 years ago. In South Korea, most talented and bright designers are poor. Who is going to support them? The country, the people, or corporations? If a designer wants to rent a place like here, it is nine times more expensive than Paju in Seoul. Young designers can’t afford such costs. Unless they stay at their parents’ place. Only set up designers are successful. Young people cannot have a good start here. They have no help with paperwork; they have not been taught to manage a proper, even if small, company. But when they are supported, they are used and thrown away. The system is too old. Supporters want their money back, nothing else. Civil servants always work for the result. They don’t mind about money. They might look for young designers but those young designers don’t know anything about the system. Schemers create a small company using the names of young designers and they get the money. The designers work and get nothing in return. Then the company is dissolved, once the money has gone into the pocket of the big-mouthed schemers.
Ça a été un bon endroit pour les designers, il y a 10 ou 15 ans. En Corée du sud, les designers les plus talentueux sont pauvres. Qui peut les financer? Le pays, les gens, ou les entreprises? Si un designer veut louer un atelier comme celui-ci, c’est neuf fois plus cher à Séoul. Les jeunes designers ne peuvent pas supporter de tels coûts. A moins qu’ils restent vivre chez leurs parents. Il n’y a que les concepteurs qui ont du succès. Les jeunes gens ne peuvent pas se donner un bon départ ici. Ils n’ont aucune aide pour la paperasse; ils n’ont pas appris à gérer une entreprise, même si elle est de petite taille. Et lorsqu’ils sont pris en charge, ils sont utilisés et jetés. Notre système est trop vieux, les investisseurs veulent en avoir pour leur argent, c’est tout. Ils peuvent chercher des jeunes créateurs mais ces jeunes designers ne savent rien sur le système. Les finançeurs créent alors une petite entreprise en utilisant les noms de jeunes designers, ils obtiennent de l’argent mais les concepteurs qui ont travaillé, eux ne reçoivent rien. Une fois que l’argent est allé dans la poche des grands finançeurs, la société est dissoute.

What about the workshop you gave? How important is teaching to you and do you find inspiration in working with other people?
Parlons des cours et ateliers que vous animez. Est-ce que cette activité est importante pour vous? Quelle place a l’enseignement dans votre pratique? Et avez-vous trouvé de l’inspiration en travaillant avec d’autres gens?
I didn’t use to like teaching, I did not feel ready. Now I feel I’m ready. It is like in Kendo (Kumdo in Korean), if you reach a certain level you get a licence to teach other people. However, if you never get that licence to teach, you have no possibility to improve. At first I met three students. They called me sir or master, they told me: « We really want to follow a leather class. There is none at school, can you give us private tuition? » I said I admired their enthusiasm but I could not initiate private tuition or a private school. I liked PaTi very much and I didn’t want to do it outside of them. So I had a talk with Ahn Sahng soo. He told me I could teach in PaTI. I accepted. But to teach, you need so many tools, one at least for each student. They would have to buy many tools under my guidance, it was going to be about 50 to 80 000 $. It is a lot, Ann Sanhg Soo found it very expensive. So, as a result, I started in Pati with 8 students in two groups over two days, which made 4 students at a run. I taught them for two months, twice a week per group. It was a nice experience, and it changed my mind about teaching. It also enriched my behaviour and my craft, my awareness to my craft. I had to show things I had always done without giving them a second’s thought. I had to observe my own movements to be able to transmit them to the students, to give the detail of what I did. I then realized that if you use a ruler and a cutter the proper way, you cannot fail. Personally I was very surprised about the sewing, the stitching. I had prejudices about the relation between young people and sewing. It is a boring activity if you don’t listen to music. So I thought they wouldn’t like it. And they loved it. It kept them calm and peaceful. It kept them away from all the noise they are used to. In fact it is a bit like gymnastics as we use two needles at the same time. I eventually taught the students this summer but I was not sure at first it would go the right way. I was very hard with them and we were not connected. The relation started on a very conventional par, the tools are dangerous and you have to be watchful. But In PaTi they are good and devoted students who stay overtime to learn more. Maybe someday Pati has some money and leather craft will be a regular class here.
Je ne voulais pas particulièrement enseigner, je ne me sentais pas prêt. Maintenant je me sens prêt, c’est comme au Kendo (escrime du sabre pratiquée par les samouraï au Japon), si vous atteignez un certain niveau vous avez une licence pour enseigner à d’autres. Si vous n’obtenez pas cette licence vous ne pouvez pas enseigner, et vous n’avez plus aucune possibilité de vous améliorer. Au début j’ai rencontré trois étudiants de PaTi (Paju Typography Institute of Ahn Sang Soo). Ils m’appelaient Monsieur ou maître, et ils m’ont dit: « on voudrait vraiment suivre des cours sur le travail du cuir. Il n’y en a pas dans notre école, pourriez vous vous nous en donner? » J’ai répondu que j’admirais leur enthousiasme mais que je ne pouvais pas créer une institution ou une école privée: j’aime beaucoup PaTi, et je ne voulais pas faire ça en parallèle de cette école. Donc je suis allé voir Ahn Sang Soo, il m’a dit que je pourrais enseigner à PaTI, et j’ai accepté. Mais pour enseigner, vous avez besoin de beaucoup d’outils, en plusieurs exemplaires pour chaque étudiant. En suivant mes consignes, ça aurait coûté près de 50 ou 80 000 $. C’est une somme, et Ahn Sang Soo a trouvé ça vraiment très cher. Donc j’ai fini par donner des cours à PaTi à 8 étudiants divisés en deux groupes sur deux jours, ce qui me faisait 4 étudiants en même temps. Je leur ai enseigné pendant deux mois, deux fois par semaine, c’était une super expérience et ça a changé ma perception de l’enseignement. Ca a enrichi ma technique et mon métier, la conscience que j’ai de mon métier. Je devais leur montrer des choses que j’ai toujours faites sans y penser. Je devais observer mes propres mouvements pour être capable de les leur transmettre, pour leur expliquer ce que j’ai fait en détail. J’ai ensuite réalisé que si vous utilisez un cutter et une règle de la bonne manière, vous ne pouvez pas rater. J’ai été très surpris par la couture: j’avais des préjugés sur la relation des jeunes à la couture. Sans écouter de la musique, ça peut très vite devenir ennuyeux. Alors j’ai pensé qu’ils n’aimeraient pas, mais ils ont adoré. Ça les calme, ça les éloigne de tout ce bruit auquel ils sont perpétuellement confrontés. En fait c’est un peu une gymnastique d’utiliser deux aiguilles à la fois. J’ai finalement pris les étudiants pendant l’été, mais je n’étais pas sûr au début que ça irait dans le bon sens. J’étais très dur avec eux, nous n’étions pas sur la même longueur d’ondes. La relation que nous avions établie a commencé de manière très conventionnelle. Les outils sont dangereux il faut faire très attention. Mais à PaTi ce sont de bons étudiants, dévoués, qui travaillent encore après la classe pour emmagasiner plus de technique. Peut-être qu’un jour PaTi aura assez d’argent pour que le cours de travail du cuir soit un cours régulier.

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