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8 questions pour Minho Kwon


Minho Kwon

Chers visiteurs,

Pour cette deuxième rubrique, c’est l’illustrateur coréens Minho Khon qui a répondu à mes huit questions dans l’enceinte de l’école PaTI où il préparait trois oeuvres pour la biennale de Changwon. Je me trouve toujours en Corée du Sud, à Séoul et il me reste encore un mois pour profiter pleinement de cette expérience..

Bien à vous.

Lucile

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MINHO KWON

Minho Kwon is an illustration teacher at PaTi, Paju Typography Institute of Ahn Sang Soo. I met him at PaTi, and I interviewed him there on drawing studio where he was working on a big draw for the Changwon Sculpture biennale 2014.
Minho Kwon est illustrateur, et professeur à PaTI, Paju Typography Institute d’Ahn Sang Soo. Je l’ai rencontré là-bas, et interviewé dans le grand studio de dessin, où il préparait une très grande illustration qu’il a ensite présenté à la Biennale de sculpture de Changwon.

In your drawings, there is a lot of questions about power, government, and consumer society. For you, drawing is a way to show a cain of reality?
Dans vos dessins on retrouve beaucoup de questionnements à propos du pouvoir, des gouvernements et de notre société de consommation. Est-ce que pour vous dessiner est un moyen de montrer une forme de réalité?

Yes for sure. I always want to tell a story, I wanted to make graphic novels but when I had the opportunity to make one I immediately realized telling stories in a graphic novel doesn’t really fit me. So I decided to go back to my main interest which was technical drawing. My drawings don’t really work as technical drawing but that format which separates each side views of the object, façade view, side view, is my way to tell a story. When I was a student in Korea, all the students has to go through this very old fashioned way of drawing, which is criticized by a lot of people. Personally I like that, and I don’t really understand how other asian students are trying to change that style to fit themselves into european or USA style. That old fashioned korean style of drawing was developed in the last 50 years, Korea was a Japanese colony for 50 years before the Korean war, Korea had not enough time and money and cultural background to be able to develop their own modernity, all our modernity has been implanted by other countries such as Japan and the United States. You can not actually say all the cultural things here were born and culture built by Korean people. So I kept that old fashioned style of drawing like a cain of statement to be able to talk about those social issues, because I don’t think Uk or USA style is going with social criticize.
Oui bien sûr. Je veux toujours raconter une histoire, j’aurais voulu faire des bandes-dessinées, des romans graphiques non?comme la nouvelle mode en ce moment, bandes dessinées c’est comic strip mais lorsque j’en ai eu la possibilité j’ai tout de suite réalisé que ça ne me correspondait pas. Alors j’ai décidé de revenir au dessin technique, mon domaine de prédilection. Mes dessins ne fonctionnent pas en tant que dessins techniques mais ce type de dessin dans lequel on représente toutes les faces de l’objet, c’est ma façon de raconter des histoires. Lorsque j’étais étudiant en Corée, tout les étudiants coréens changeaient cette vieille façon de dessiner pour adopter un style de dessin plus européen, ou plus américain. On a développé ce vieux style de dessin ces 50 dernières années, avant ça la Corée a été une colonie japonaise pendant 50 ans, avant la guerre de Corée. La Corée n’a pas encore eu assez de temps pour développer sa propre modernité, tout ce que nous avons de moderne a été implanté par d’autres pays comme le Japon et les états unis. On ne peut actuellement pas dire que tout ce que l’on voit de culturel en Corée du Sud est né et a été bâti par des coréens. Alors j’ai décidé de garder ce vieux style de dessin, comme une forme de déclaration pour parler de ces problématiques sociales. Je ne pense pas que le style américain me permette d’exprimer cette critique sociale.

You studied in London, and now you are working in PaTi in South-Korea, your own country. That experience has a influence on your vision of human reality?
Vous avez fait vos études à Londres, et maintenant vous travaillez ici à PaTI en Corée du Sud votre pays d’origine. Cette expérience a-t-elle eu une influence sur le façon dont vous percevez la réalité humaine?

Yes, that made me understand that Korean people don’t need to glorify western culture. Korean people fantasize about the German-style typography, and it became huge and very popular in Korea. I didn’t feel like I had to be influenced by that, that made me more objective about western culture. In terms of British art education, they are pretty much open to every thing. There is no gap between art and design, and students are given a lot of freedom to prepare them to whatever they want to do. I like that freedom, especially in post-graduate levels. I want PaTi students to experiment that kind of freedom, but ironically it hasn’t really worked so far… I’ve been a teacher here for 5 month and since I came here I changed the « curriculum » to be more focused on what students have to develop, that is to say their own visual language. But students want to have more structure so I try to mix those two ways of teaching.
Oui, ça m’a fait comprendre que le peuple coréen n’avait pas besoin de glorifier la culture européenne. Les sud-coréens fantasment à propos du style typographique allemand, qui est particulièrement populaire ici. Je ne ressentais pas le besoin d’être influencé par tout ça, ça m’a rendu plus objectif à propos de la culture européenne. L’éducation artistique anglo-saxonne est très ouverte, particulièrement pour les post diplômes. J’aimerais que les étudiants de PaTI expérimentent ce même type de liberté, qu’ils sachent l’utiliser pour imaginer ce qu’ils ont envie de faire. Je suis professeur ici depuis cinq mois, et lorsque je suis arrivé j’ai changé le programme pour qu’il soit plus focalisé sur le développement du langage visuel personnel à chacun des étudiants. Mais pour l’instant les étudiants veulent plus de structure, alors j’essaie de mixer les deux façons d’enseigner.

In your work The Neo Tower of Babel you used video to project it on your drawings. Is movement important in your work?
Dans votre travail The Neo Tower Of Babel, vous utilisez une vidéo que vous projetez sur vos dessins. Le mouvement est-il important dans votre travail?

Yes really important. I don’t really use colors in my work, so I put colors in a different way: with video.
When I look at a painting, I always feel that colors make the painting static, like… too solid. It’s a really personal feeling. So, I reflected about how to put colors on my drawings, and I’ve always enjoyed making moving images, and I love the glittering like a « bling bling » thing. With moving images I found a way to put colors on my drawings without ruining it. At the same time, It can reverse the movement you want to put in, you can change the statement in a more interesting way. With moving images I can talk about the history of light — on The Neo Tower Of Babel for example.
Oui c’est effectivement très important. Je n’utilise pas la couleur dans mon travail, alors je pose la couleur différemment: par la vidéo.
Lorsque je regarde une peinture, j’ai toujours la sensation que les couleurs rendent l’image statique… solide. C’est une sensation très personnelle. Donc j’ai réfléchi à un moyen d’introduire la couleur dans mes dessins, et comme j’aimais bien faire des images en mouvement avant, j’adore le scintillement un peu bling bling. Avec les images en mouvement j’ai trouvé un moyen de poser de la couleur dans mes dessins sans les détruire, les abimer. La vidéo peut aussi permettre d’inverser un mouvement pour le diriger dans un sens plus intéressant. Grâce aux images en mouvement, j’ai pu par exemple aborder l’histoire de la lumière dans mon dessin The Neo Tower Of Babel par exemple.

A lot of your illustrations are very big, the size of your drawings is an important point for you?
Beaucoup de vos illustrations sont vraiment très grandes, le format de vos dessins est un point très important pour vous?

Yes, I don’t know why I’m keeping that big size now but at the beginning it was just to show-of. That’s because of my personality, when I was a child I was not very brave enough I was intimidated by tough movement. I think that it is a little bit because of my mother who was a very emotional person, always crying. I’ve got that blood in me as well and I didn’t really like it, especially in korean society where the man has a certain status…
And to be able to resolve that side of my personality maybe I wanted to push myself to make really monumental things, to cobble down.
I think that, if you make images you don’t really have to think of the size you want to work on, it’s more as if you start to work on something and then it becomes really, really big because you need more space. But two or three years ago I understood the importance of drawing size in illustration work since I made illustrations for book covers. For that kind of work I always think about the size first because drawings have to fit with the size of the book. When I work on book covers I don’t like to work alone in my own studio. I actively work with editors and designers, at one time I even asked if I could work in their own studio. I really wanted to use their space, I wanted to feel the atmosphere and be close with designers.
Je ne sais pas pourquoi je travaille toujours en grand, mais au début c’était pour impressionner les gens. J’étais très timide quand j’étais enfant, je n’étais pas vraiment brave, j’étais impressionné par les mouvements brutaux, brusques. Je pense que c’est un peu à cause de ma mère qui était très émotive, elle pleurait tout le temps. J’ai ça dans mon sang et je n’aimais pas ça, particulièrement dans la société coréenne où les hommes doivent avoir une certaine image… Et pour être capable de palier à cet aspect de ma personnalité peut-être que j’ai voulu me pousser à faire des travaux très grands, comme une façon de me renforcer (cobble down c’est l’action de poser des pavés dans les rues). Je pense que lorsque l’on fait des images on n’a pas vraiment à penser au format avant de commencer. On commence à travailler sur un dessin, et petit à petit il devient de plus en plus grand parce qu’il a besoin de plus d’espace. J’ai compris l’importance du format dans l’illustration depuis que j’ai commencé à faire des illustrations pour des couvertures de livres, il y a deux ou trois ans. Lorsque je travaille sur une couverture de livre je n’aime pas travailler seul dans mon studio. Je travaille activement avec les éditeurs et les designers, une fois j’ai demandé si je pouvais travailler dans leur studio. Je voulais vraiment utiliser leur espace, je voulais ressentir l’atmosphère de leurs locaux et être proche des designers.

Let’s talk about your book covers. When you do illustrations for book covers, do you work the way you usually do?
Parlons des illustrations que vous avez réalisées pour des couvertures de livres, est-ce que pour ce type travail vous travaillez de la même manière que dans vos travaux personnels?

It’s totally different. When I worked on « book covers », I was commissioned by the Korean studio Everyday Practice, and before beginning to work I already had the exact size of the book cover. We discussed about image first, then I gave them a sketch of the illustration, they put types on it, and then I worked on the details on the drawing. We decided to give most space on the page to the drawing. Working on a book cover is really different from art work, it’s really interesting to work with graphic designers and book designers. It’s like a table-tennis game, I love that.
C’est très différent. Lorsque j’ai travaillé sur des couvertures de livres, j’ai été commissionné par un studio coréen Everyday Practice, et avant de commencer à travailler, j’avais déjà le format du livre. On a discuté à propos de l’image d’abord, je leur ai donné un premier dessin, ils ont ensuite ajouté de la typo, et j’ai ensuite travaillé sur les détails. On avait décidé de donner le plus d’espace possible au dessin. Travailler sur des couvertures de livre est très différent du travail d’art, c’est très intéressant de travailler avec des designers, c’est comme un jeux de ping-pong, j’adore ça.

The illustration you made for « The Pilgrimage » is very different from the illustrations you usually do. You used colors and lines, and a letter as a dropped initial. Is that the influence of Zigmunds Lapsa with whom you worked on that project?
L’illustration que vous avez faite pour « The Pilgrimage » est très différente du travail que vous faites d’habitude. Vous avez utilisé des couleurs, et avez travaillé avec une lettrine. Est-ce que c’est l’influence de Zigmunds Lapsa, avec qui vous avez travaillé pour ce projet?

That’s a very different process. I worked with this Estonian designer, Zigmunds Lapsa, because he asked me to work with him. He spent a long time in the Netherlands, so he has in his blood those cains of minimality in typography. That time he wanted to change his style. Our idea was really simple, it was The letter « S » which is the first letter of the novel, which would look medieval. The novel is about the crusade wars in Europe. We didn’t want to make it exactly look medieval, just a little bit more modern. We worked in a ping-pong game too: I would first draw something very complicated, he would simplify it, then I worked some more, then he simplified it again, and we would end the game once we found a mid-term solution. He converted my hand drawings on Illustrator. The process was really interesting.
Ca a été un processus très différent. J’ai travaillé avec ce designer estonien qui m’avait demandé de travailler avec lui, Zigmunds Lapsa. Il a vécu aux Pays-Bas pendant très longtemps, alors il a dans son sang ce style de typographie minimaliste. Cette fois il voulait changer son style.
Notre idée était très simple, nous voulions utiliser la lettre « S » qui est la première lettre du roman, dans un style médiéval. La nouvelle parle des croisades en Europe. On ne voulait pas faire exactement quelque chose de médiéval, on voulait que ça soit un peu plus moderne. Là aussi on a travaillé en « ping-pong » : j’ai d’abord dessiné quelque chose de bien plus compliqué que le résultat final, il l’a simplifié, puis j’ai re-travaillé dessus, il l’a simplifié encore, et finalement on a trouvé une réponse qui se situait entre les deux. Il a converti mes dessins sur Illustrator. Ce processus était vraiment intéressant.

When you worked about he future of the poster for the V&A with Song-eun Lee and Yeni Kim, what did you want to say about the posters’ future? As a drawer, what kind of relationship do you have with posters?
Lorsque vous avez travaillé sur le futur de l’affiche pour le V&A avec Song-eun Lee et Yeni Kim, que vouliez vous dire à propos du futur de l’affiche? En temps qu’illustrateur, quelle relation entretenez vous avec l’affiche?

Nothing deep to be honest. There was that project in my studio at college, and that was a period where I was thinking deeply about how I could introduce movement in my images. I was just starting to enjoy the glitter of the moving image. We wanted to make something visually interesting. When I look at the posters now I feel they are static images. And when you print a poster and put it on the wall, 10 days after you find it on the floor and people step on it. Our idea was to play with the physicality of the poster, to make it unphysical, we wanted to make it moving without any fixed form. We wanted to keep the physical presence of hands making a poster and analogy (old fashion thing) but at the same time, to make it very trendy. I think there are some answers in there, about the future of posters.
Rien de bien profond pour être honnête. Il y avait ce projet dans mon université, c’était une période où je réfléchissais beaucoup sur la manière dont je voulais introduire le mouvement dans mes images. Je commençais tout juste à apprécier le scintillement des images animées. On voulait faire quelque chose d’intéressant visuellement. Lorsque je regarde les affiches d’aujourd’hui j’ai la sensation d’images statiques. Lorsque vous imprimez une affiche et que vous l’affichez dans la rue, dix jours plus tard vous la retrouvez par terre et les gens marchent dessus. Notre idée c’était de jouer avec le côté matériel de l’affiche, pour la rendre immatérielle. Nous voulions que notre projet soit mouvant, sans forme fixe. On voulait faire du « fait main », comme dans les anciennes affiches à la mode au début du siècle, tout en gardant un coté moderne. Je crois qu’il y a quelques réponses à propos du futur de l’affiche dans notre projet.

What do you think about contemporary Korean illustrators? Do you think Seoul is a good place to be an illustrator?
Que pensez-vous des illustrateur coréens actuels? Pensez-vous que Séoul soit un bon endroit pour être illustrateur?

Not really… Normally things are going on, there is no key-star place… I mean there are some young illustrators who import the UK or the USA style into Korea, but they haven’t really made a big trend out of it. Groups of illustrators are all separated, one group is more focalised on children books, not much money is going on. And there is an other group of illustrators who are young, who studied abroad, and there is an other group who is a very commercialized illustrator. Their work is not visually stimulating it’s very conventional and commercialized. I think that kind of work boring. If you take the underground in Korea, the illustrations you see there are not interesting. It’s just very tacky some times, conventional. But they are making money. Those three big groups of illustrators don’t really communicate with each other.
Pas vraiment… les choses sont normales, il n’y a pas vraiment de lieu mieux qu’un autre… Je veux dire, il y a des jeunes illustrateurs qui on importé le style anglais ou américain en Corée du Sud, mais ils n’ont pas initié un nouveau mouvement, ils n’ont pas lancé une nouvelle mode. Il y a plusieurs groupes de jeunes illustrateurs bien distincts, un qui fait des livres pour enfants, il n’y a pas beaucoup d’argent dans ce domaine, il y a celui de ceux qui ont étudié à l’étranger et ont apporté ce style européen ou américain, et un autre groupe d’illustrateurs très commerciaux. Leur travail n’est pas très stimulant visuellement, c’est très conventionnel. Je trouve ce type de travail très conventionnel. Si vous prenez le métro à Séoul vous pouvez y voir ce genre d’illustration. Ça n’est pas très intéressant. C’est clinquant, chic et choc parfois, juste conventionnel. Mais ils gagnent bien leur vie. Ces trois gros groupes d’illustrateurs ne communiquent pas les uns avec les autres.

Plus d’informations sur: http://www.panzisangza.com/

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